Une femme malade mais si souriante.

Assistante de vie: assister les personnes dans l’exécution des tâches de la vie quotidienne. Cela peut paraître banal et ça l’est par contre ce qui l’est moins ce sont les personnes que l’on amené à rencontrer. Quand on me confia Madame G. souffrant de la maladie d’Alzheimer, j’eus beaucoup d’appréhension.
Approchant de mon lieu de rendez-vous, me voilà face à une petite maisonnette défraichie par les ans, usée par les événements , fissuré comme les veines que le temps fait remonter à la surface de la peau. En la voyant, on pouvait entendre ses portes grinçantes, sentir l’odeur poussiéreuse qu’elle renferme, imaginer les motifs à peine visible d’un papier peint à la mode d’années lointaines.
La personne chargée de me donner les clés de la demeure se présenta: « Bonjour, puisque vous êtes là je vais vous montrer la maison » me dit-elle d’un ton pressé. Sagement je la suivis, je la vois ouvrir mille et un verrous sur son passage.

« Il faut tout fermer! Ne jamais laisser ouvert! » me lança-t-elle fermement. Nous progressons dans notre marche. Encore et encore des verrou…

Enfin, nous parvînmes jusqu’au garage. Lieu de garde-manger. Aménagé d’un réfrigérateur et d’un placard. Toute la nourriture y était comme « planquée ».
La maison n’est pas la seule à avoir des allures de temps de guerre.
Mon travail consiste à venir préparer la nourriture de cette malheureuse souffrant d’une maladie incurable, assurer son hygiène, lui administrer son traitement médicamenteux, et ce qui compte beaucoup à mes yeux: être assuré de son bien être. L’heure des recommandations arrive:
« Ne laissez rien sous les yeux de Madame G, Ni de clé, ni votre sac, ni de courrier. Si vous laissez quoi que ce soit vous ne le reverrez jamais, ne lui servez qu’un seul repas, ne laisser rien et refermez tout. Si elle fait une crise donner lui ces comprimés (eux mêmes dans le garage bien entendu), par contre faîtes attention car avec ça elle s’écroulera à même le sol dans la minute. Parfois il faudra lever le ton avec elle… ». J’eus droit à un tableau plutôt inquiétant de cette femme que je n’avais pas encore vu.
« -Puis-je lui dire bonjour?, demandais-je curieuse et inquiète.
-Oui, elle doit être dans sa chambre mais de toute façon elle ne se souviendra jamais de vous ».Cette affirmation terrible me resta.
Dans la semaine qui suit, vint le jour où je devais intervenir un midi pour rendre visite à Madame G, femme enfermée dans cette maisonnette où rien ne devait « traîner ».
J’appréhende beaucoup. J’ouvre la série de portières et autres cloisons. J’arrive devant la fenêtre qui donne directement sur la cuisine. Une dame, de petite taille, d’une apparence complètement délaissée, dont les yeux été entamés par la cataracte me fixa. Son visage m’est apparu de marbre et inexpressif. « Bonjour » lui dis je avec un sourire sincère quoi qu’inquiet. Elle s’approcha à petits pas vifs vers moi, elle me répondit: « Bonjour »tout en me regardant de la tête au pied.
« -Ça va?;
- Oui ça va ». Elle me répondait sur exactement le même ton que j’employais et me rendait mon sourire malgré les dents qui manquaient ici et là. Elle avait un magnifique sourire.
« -Je viens pour vous préparer à manger!
- C’est bien ça! » me répondit-elle.
Je découvris là une femme absolument adorable. A chacune de mes interventions j’étais heureuse de retrouver ce visage souriant qui m’accueillait. Pleine d’innocence, il n’y avait rien de mauvais en elle. Toujours en accord avec moi elle semblait heureuse de manger, de discuter. Je lui parlais de tout, de rien j’essayais de l’intéresser à ce qui nous entouraient, les sapins, les oiseaux,… Et elle s’émerveillait. J’ignorais si elle se souvenait de moi mais ce que je sais c’est que j’avais pour habitude quand j’arrivai d lui faire la bise pour lui dire bonjour. Au bout de quelques semaines quand elle me voyait arriver, elle avait ce réflexe de me tendre la joue. Y-avait-il là un lien entre la perception de ma personne et le fait de lui faire la bise? Je l’ignore mais ce que je sais c’est que ça me faisait plaisir de la voir ainsi si souriante, prête à partager un moment avec moi et ce, sans jamais avoir eu besoin de quelques comprimés assommant de sommeil que ce soit.

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