Un voyage peu ordinaire

Ma passion pour les voyages ,l’inconnu ,m’a vite menée vers la profession de guide-accompagnateur. C’est pourquoi ,après avoir obtenu sans trop de difficulté mon bac ,je me suis orientée vers un BTS Tourisme ,qui m’ouvrirait les portes du monde.

Embauchée dans une première agence de voyage ,j’allais faire mes premiers pas dans le métier, grâce à un premier séjour que j’avais moi-même organisé ;de la brochure touristique aux billets d’avion ,en passant bien sûr par les fameuses visites ,qui je l’espérais ,allaient émerveiller les dix touristes sous ma responsabilité.
Me voilà donc partie confiante pour le Nord du Pérou ;l’Amazonie .
Je ne savait pas encore en prenant l’avion avec mes six français et quatre anglais ,que ce premier voyage hors du sol français resterait gravé dans ma mémoire autant que dans la leur …

Nous sommes arrivés vers 6 h du matin à Iquitos ,la capitale amazonienne.

Nous avons d’abord visité la ville en elle-même et son riche héritage Portugais du temps des colonies ( grandes façades d’immeubles richement peints de filigranes d’une grande finesse) ,parcouru le marché des plantes médicinales (le petit plus) de long en large ,dévalisé les boutiques de souvenirs remplies de bibelots ,bijoux et artisanat amazonien. Le tout ponctué d’odeurs de fruits murs ,de terre et de chaleur humide.

Dans l’après-midi ,j’ai amené mes protégés ravis ,vers une agence de tourisme qui organisait des expéditions dans la jungle .Je devais y régler quelques dernières formalités .J’attendais beaucoup de cette activité de trois jours qui ajouterait certainement un peu de piquant au séjour ! Je n’imaginais pas à ce moment-là à quel point !
Nous voilà donc partis ,le lendemain matin pour la « selva » ,la forêt tropicale ,la jungle …
Après quatre longues heures à bord d’un canoë , nous étions arrivé au campement . Fatigués et affamés.
Nous avons disposés des hamacs et des moustiquaires épais car les moustiques sont coriaces là-bas !
Une anglaise peu habituée à l’inconfort ,Sally, me posait une question qui me fit immédiatement pleurer de rire ainsi que tous les autres touristes :
« Où sont les toilettes ? »

Je lui répondis en reprenant mon calme : « Ici ,partout ! Tout autour de vous ! » Je désignait les grands arbres et fougères qui nous entouraient.
Elle me regardait méprisante puis cherchait une cachette pour soulager sa vessie en toute tranquillité.
Plus tard ,nous avons entrepris une longue marche au cœur de la forêt. Toucans ,perroquets et petits singes nous accompagnaient tout au long de l’expédition. C’était la première fois que je voyait cela ,c’était merveilleux de pouvoir observer les animaux que l’on a pour habitude de voir en captivité en Europe ,en liberté ! Un instant magique qui n’était pas pour déplaire aux aventuriers en herbes français et anglais.

Mais ,un détail vint vitre troubler notre belle promenade ….
C’est ce « détail » en particulier que je souhaite évoquer ;car il marquera à jamais ma carrière de guide …
Donc ,un peu plus tard ,alors que le guide péruvien nous montrait un arbre aux proportions gigantesques ,un bruit se fit entendre dans les fougères ,autour de l’arbre en question.
Le péruvien nous fit signe de nous taire puis s’avança en silence vers le tronc d’arbre. Il se retourna vers nous ,le visage crispé d’effroi .
Il n’eu pas le temps de dire quoi que ce soit ,quand un jaguar bondit de derrière les fougères.
Je criais : « courrez ! ». Je n’eu pas besoin de terminer ma phrase. Tous les touristes ,le guide et moi-même avions pris les jambes à notre cou . Je courais et courais le plus vite possible sans oser me retourner. Depuis quand courions-nous ? Je n’en avais aucune idée mais mon cœur me disait de courir toujours et encore. Plein de questions me venaient à l’esprit. Qu’allions-nous devenir ? Qu’allais-je dire à mon patron à mon retour quand les vacanciers auraient tous sans exception demandé le remboursement de leur voyage ? Pourquoi avais-je choisi un métier pareil !

Puis ,je revenais à la réalité ;à bout de forces ,Sally tomba.
Je priais les autres de s’arrêter.
Nous étions tous terrifiés ,extenués .
Les questions abondaient : « Qu’allons-nous devenir ? Où sommes-nous à présent ? Peut-on rentrer au camps ? Est-ce que nous sommes en sécurité au camps ? Qu’est-ce que ce jaguar nous voulait ? »
Je ne savais quoi répondre et regardais le guide péruvien. Il expliqua : « C’est un jaguar femelle qui veut protéger ses petits qui ont dû naître cette nuit. Nous sommes sur son territoire ,elle est inquiète . »

« On a plus de raisons de s’inquiéter qu’elle ! Et si elle nous choisissait comme nourriture pour ses p’tits ! Ou pour elle-même ! » répondit soudain un français à bout de nerf.

« Ne vous inquiétez pas » dit le péruvien , « tout ce qu’elle veut ,c’est qu’on laisse sa portée tranquille .Par contre ,nous nous pourrons pas renter au camps ce soir c’est trop dangereux. Ni ce soir ni demain d’ailleurs ».

« Quoi ? » Répondis-je. « Et où allons-nous dormir ? Où allons-nous aller ? »

« Je ne sais pas encore. Je pense que nous allons devoir traverser la selva jusqu’à la prochaine branche de l’Amazone ,à huit kilomètres. De là ,nous prendrons un canoë jusqu’en ville. Nous dormirons ici ce soir ,nous n’avons pas le choix. » dit le péruvien en désignant la terre battue et les plantes sur lesquelles nous marchions.

Désespérée ,je ne pu répondre. Que devais-je répondre d’ailleurs ? Nous n’avions pas le choix. Ce soir-là ,je ressenti de l’amertume liée à de la peur de la part des touristes ,mes « protégés »… Quelle protection !
Ils ne pipèrent pas mot ,sans doute trop terrifiés.
La nuit tombait. Nous avons mangé quelques fruits :papaye et un fruit vert assez doux dont je ne me rappelle plus le nom.
Nous avons tant bien que mal tenté de nous endormir mais c’était impossible ,nous étions envahit par les moustiques ! Nous avons pris des couvertures pour nous couvrir le visage. Ceci ajouté au nombre infini de petits rampants dont le sol grouillait.
Le lendemain ,nous avions tous les visages fatigués ,lassés et rouge de piqûres .

Nous avons marché sur huit kilomètres interminables comme prévu. Mais une chose ,elle ,n’était pas prévue ,comme tout le reste de cette péripétie d’ailleurs ;c’est qu’au bout des huit kilomètres ,nous ne voyions toujours pas la couleur de cette fameuse branche de l’Amazone.
Je rassurais tant bien que mal les touristes ,les calmais ,écoutais leur détresse et gardais pour moi mes craintes grandissantes.

Je pris de guide péruvien à part : « Si nous sommes perdus dites-le moi franchement mais il faut que je sois au courant ! »

« Ne vous inquiétez pas je connais très bien la selva mais il faudra compter quelques kilomètres supplémentaires avant d’atteindre le fleuve. »

« Quelques kilomètres ? Combien ? Nous allons donc passer une nuit de plus ici ,au milieu de nulle part ? »

« Une nuit , ça ma semble insuffisant … peut-être deux voire plus. » répondit le péruvien.

Un nœud resserrait ma gorge. Je me tût .Qu’allais-je dire aux touristes ? Que notre voyage allait être plus long que prévu ? Qu’ils allaient devoir passer des nuits supplémentaires en compagnie des moustiques et autres bestioles aux piqûres insidieuses dont le nom ne figure pas dans les plus grands manuels de biologie ?

Il le fallait bien pourtant.
Je fus étonnée du calme des voyageurs lorsque je leur annonçais la nouvelle. Je pense au fond qu’ils étaient un peu choqués par ce qui se passait et ne savaient comment prendre la nouvelle.

La nuit fut tout aussi acrobatique que la précédente. Nos danses furent toutes aussi originales les unes que les autres pour échapper aux piqûres des moustiques !

Nous avons repris la route peu avant le lever du jour. Mais un anglais ,Mike , peinait beaucoup ;il avait été piqué par une fourmi .Cela peut paraître anodin en apparence ;seulement ,certaines fourmi dans la selva provoquent une fièvre important qui vous exténue durant deux longs jours. C’était le cas. Je veillais sur lui et l’encourageais.

Une journée de plus passait ,puis une autre ….
Jusqu’à un instant que je n’oublierai jamais …

« Regardez ! »s’écria Patrick ,un français . Un sourire franc se dessinait sur son visage fatigué.
« Le fleuve ! »

Je me sentis voler ,mon cœur battait à tout rompre. Je serrais dans mes bras le guide de l’expédition ,lui aussi très souriant.

Nous avons pris deux canoë pour nous tous et sommes partis pour la ville. Nous avons puisés nos dernières forces pour pagayer durant 4 h.

Il s’était passé une semaine. Une très longue semaine. Inutile de préciser qu’elle sera « inoubliable ».

Nous avons pris le premier avion pour la France. Durant le vol ,je pu entendre quelques remarques de la part des touristes .Ils évoquaient l’éventuel remboursement de leur voyage ,leur déception ,leurs craintes passées mais aussi à ma grande surprise ,pour certains ,la légère satisfaction d’avoir vécu une véritable aventure qu’ils pourraient raconter à leur entourage.

Arrivés en France ,nous nous sommes rendu tout d’abord à l’Agence de Voyage.
Très tendue ,j’appréhendais les remontrances de mon supérieur hiérarchique qui ne tardèrent pas à tomber.
Il me sermonna devant les voyageurs ,remettant en causes mes capacités ,évoquant le risque que je leur avait fait prendre.
Cependant ,il reconnu aussi que cet incident était exceptionnel ,qu’il n’était pas survenu par ma faute et me félicitait d’avoir gardé mon calme puis mené les touristes au bout de ce voyage sans réels dommages.

Il remboursa donc une partie du voyage aux touristes ,s’excusa auprès d’eux et me donna une seconde chance.

C’est de cette manière qu’a débuté ma vie active ,ma vie de guide –accompagnateur. J’eu une réelle frayeur je l’avoue ,mais je su à ce moment précis que ce voyage serait le premier d’une longue série.

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