Un trou dans la caisse

Durant mes années de DUT Techniques de Commercialisation, 2005-2007, j’effectue un apprentissage au sein d’une agence du Crédit Agricole située dans un coin très rurale des Landes.
Ce matin, comme depuis le premier matin de mon contrat, j’ai l’envie de tout mettre sans dessus dessous. Je mets la clé dans l’interrupteur pour ouvrir la grille de l’agence, je perds mon regard dans le vide tandis que tout le monde autour de moi, sort du bureau du chef à toute vitesse pour arriver premier à la course aux objectifs.
Il y a longtemps que j’ai refusé de jouer le rôle de banquier, de faire un boulot de secrétaire alors que je sais que je suis capable de mieux ; mais on me sous-évalue me prenant pour un jeune dont l’insolence dépasse l’intelligence. Voila la source de ma frustration, être rabaissé par des personnes qui font leur beurre à cirer hypocritement les pompes des clients tout en croulant dans la paperasse. Alors on m’enferme dans une pièce sans fenêtre, sans caméra où l’on passe sa matinée à compter les billets que les gens déposent sur leurs comptes ou à faire de la monnaie aux personnes âgées qui ont un besoin de petites coupures pour acheter la baguette ou aller prendre une pièce de viande au boucher d’en face.

Ce matin là, je rentre dans la peau d’un robot, j’épluche une enveloppe de dépôt de client, je rentre la somme sur le compte indiqué, je classe les billets et je passe à une autre enveloppe. Le travail à la chaîne bureaucratique.
Un coût de téléphone venant de l’accueil me fait remonter à la réalité. On m’apprend que le président de l’association de chasse du canton m’apporte les recettes des licences et comme à l’habitude on reste un bon quart d’heure à parler de la vie du village.
La journée débutait à peu prés bien lorsqu’il me tendit une caisse métallique « Quality Street » mais remplie de billets, de pièces de toutes sortes…en vrac ! Amicalement, je lui assure que je vais me débrouiller, alors il s’échappe et je me plonge les mains dans cette caisse. Confiant en moi, je ne marque pas ce que je fais, je prends mon temps pour compter. Pour faire d’une pierre deux coups, je classe la monnaie comptée directement là où elle doit être conservée.
Entre temps, je m’occupe de deux ou trois personnes mais je ne perds pas le fil de mon décompte. Je finis, 1955.23€ +10+ les dernières petites pièces, ce qui me donne 1967.20€. Je crédite informatiquement le compte de l’association de chasse, il est 11h08, je suis relax et je fais mon contrôle de caisse pour m’assurer que la somme d’argent que j’ai dans le coffre correspond à celle que j’ai sur mon ordinateur. Tout va bien, j’entre les chiffres, je tape « entrée » ! Tout va mal : -100€. Je traduis : il manque dans ma caisse 100€, on peut même me soupçonner de les avoir volés. Je compte, je recompte, je stress, je transpire, j’enlève ma veste et je prends ma tête entre mes mains. Si le chef apprend ça !!!! 11h42, on ferme à 12h15, je repense à cette caisse métallique des chasseurs où je n’ai pas noté ce que je comptais ; je trouverais jamais ! J’appelle un collégues, un ancien et je peux desserrer ma cravate et me retrousser les manches. Je pousse mon clavier d’ordinateur de RAGE !!! Et….le billet de 100euros dépassait de dessous le clavier …

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