Un public stressant

Il faut que je me rende vers l’estrade. Traverser; sous les regards qui me scrutent, les chuchotements qui me donnent l’impression d’avoir une armée de bourdons qui s’apprêtent à loger dans mes tympans; cette la salle de classe qui n’en finit pas.
Je monte sur l’estrade, le bruit de mes talons confèrent déjà une certaine « légitimité » dirons nous ou au moins l’attention environnante.
Je me tourne face à mon « public ».
A toutes ces personnes pré-pubères, parfois confrontés à des difficultés précaires mêlées à des conflits internes, émergés par une société où consommer est une religion et où les « nouvelles technologies » n’ont plus rien de nouveau, je dois tenter de capter l’attention plus d’une minute, et pour l’idéal, transmettre mon intérêt et mon enthousiasme pour un texte d’un philosophe du temps des Lumières.
La mission est donc ainsi énoncée. Suis-je à la hauteur? N’est-ce pas le dernier de leur souci ce que je peux raconter cet auteur? Est-ce qu’ils vont bien vouloir rester calme? M’écouter? Vais-je les intéresser? Vont-il se rendre compte que ce stress me gagne de plus en plus?
Voici toutes les interrogations qui me traversent l’esprit alors même que je sens l’intensité du « brouhaha » s’estomper, puis se taire. Définitivement.

Tous me fixent. Jeune hommes, jeune filles, l’enseignant qui est présent pour me superviser et m’évaluer. Que de juges. Tous ces yeux bien ouverts. Trente-cinq paire d’yeux. Soit, soixante-dis yeux rivés sur moi. Des yeux prêts à vous faire tomber, ou à vous relever qui vous vous « ramassez »?

Trêve de comptabilité. Je prends la parole et tente de dissimuler mes petits tremblements dans la voix et dans mes gestes.

Mes notes et mon ouvrage à la main, j’annonce le menu et essayant d’amener les senteurs appétissantes jusqu’au narines de cette jeunesse. Une bête dans l’arène qui va tenter de rassasier l’intellect de ce généreux et accueillant public. Mon arme? Je n’est pas l’impression d’en disposer? Peut-être le sourire, pour montrer que si hostilité il y a je n’en serais pas l’investigatrice.

Je présente le texte et petit à petit je délaisse mes notes sur le bureau du « condamné ». Je décide d’exposé mes idées, mes arguments et mes exemples tout en invitant le public aux pages de références. Et je parle. Je parle pour ne pas lire, pour ne pas ennuyer. Je regarde mon public et je tente d’en faire mes interlocuteurs. J’invite à la réflexion « Que pensez-vous de cette idée selon laquelle qu’aucun homme ne peut être assujetti à un autre? ». On me répond, le débat est lancé. Le jeu prends. Des idées arrivent, on les reprends ensemble, on les note au tableau, je continu à sourire. Un échange se crée. La crispation n’est déjà qu’un vieux souvenir. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Me voilà ravie, parce que consciente de ma chance d’avoir un retour.

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