Un chat dans les flammes

Je n’avais jamais pensé que mon entrée dans la caserne des pompiers me donneraient l’opportunité de pouvoir exercer mon métier aussi rapidement dès la première soirée.
Je pensais qu’en tant que nouveau parmi le corps des pompiers ne me donnerait que le statut équivalent pour nettoyer le camion et d’autres tâches que l’on donne en premier lieu.
Pourtant l’alarme a sonné et le chef a demandé ma présence à ses cotés pour affronter les flammes dans un appartement d’un quartier résidentiel de la banlieue ouest.
A peine ai-je eu le temps d’emporter mes affaires avec moi que le camion démarrait en trombe dans la nuit, profilant son éclaireur dans les nuits sombres de New York.
Une si belle ville pendant la nuit où personne ne doutait de l’incendie qui ravageait une des résidences.
La radio diffusait les dernières nouvelles pour mieux communiquer avec les ambulances et dégager la route un maximum pour permettre le passage du van.

Ce n’était pas la première fois que je montais dans ce camion rouge étant donné les divers formations qu’on a pu passé avant d’avoir officiellement le titre de sapeur pompier.

Je me souviens encore de la première fois que j’en ai aperçu un dans la rue lorsque j’étais plus jeune et maintenant, je me dis souvent que j’ai eu beaucoup de chance d’avoir pu faire le métier que je voulais depuis toujours.

Immédiatement, nous sommes rentrés dans la rue où un épais nuage de fumée s’échappait d’une fenêtre située au 4ème étage, selon les informations.
La source de l’incendie était encore inexpliquée mais d’après les témoins, la progression a été lente.
On pouvait donc écarter l’hypothèse d’une fuite de gaz, surtout si l’immeuble tenait encore debout.
Pour une première mission, j’étais pourtant rassurée de savoir qu’elle n’était pas trop lourde, même si les expériences les plus dangereuses apportaient beaucoup plus d’aptitudes par la suite.
Les projecteurs du camion éclairait la façade et l’on pouvait observer que le bâtiment était loin d’être vieux.
Tandis que les habitants regardaient par les fenêtres avoisinantes, le chef donna quelques instructions pour la coordination de l’équipe afin qu’une partie reste dehors à éteindre les flammes depuis l’échelle et l’autre entre à l’intérieur pour évacuer le bâtiment dans sa totalité par mesure de protection avant de forcer la porte de l’appartement.

J’étais alors envoyée en compagnie de mes collègues pour entrer dans l’immeuble et toquer à tous les étages, demandant, ordonnant même aux habitants de sortir se mettre à l’abri pendant le travail des pompiers.
C’était une théorie à mettre en pratique et il était intéressante d’être confronté aux peurs des habitants et surtout de les rassurer par la suite.
Je pense que la communication dans ses instants là est un besoin important afin de mieux organiser les évènements et il a été primordiale de pouvoir informer les habitants du strict nécessaire. Après quelques longues minutes où l’on s’était tous assurés que l’immeuble était partiellement vide, au nécessaire, nous avançâmes vers la porte où la fumée s’échappait encore de toutes les ouvertures possibles.
Les masques que nous portions nous empêchaient d’inhaler quoi que ce soit mais j’ai eu l’infime conviction que l’air serait irrespirable une fois à l’intérieur. Nous forçâmes alors la porte pour découvrir un spectacle affolant.
L’appartement semblait avoir autant de superficie que le mien et je ne pus m’empêcher de penser que je ne voudrais jamais déclaré un feu chez moi.
Une épaisse couche de boue s’était accumulée sur le sol sûrement recouvert de tapis où les meubles semblaient détruits par la puissance des flammes.
On voyait encore le jet de l’arroseur par la fenêtre qui réduisait à néant les dernières grandes flammes tandis que notre équipe faisait à présent le petit travail.
Entre éteindre les derniers feux de l’appartement et savoir s’il était vide de présence humaine avant notre arrivée, cela ne nous prit que quelques minutes.

Soudain, dans le silence le plus complet entre les bruits de nos pas dans la boue et la descente de l’échelle, on entendit un miaulement au fond de la pièce.
Nous nous regardâmes tous, tentant de découvrir l’endroit d’où provenait exactement ce bruit et savoir si le chat n’était pas blessé. Bientôt, j’avançais vers le buffet de l’autre pièce où le chat, visiblement effrayé s’était cramponné en arrachant quelques parcelles de bois afin d’éviter les flammes au plus vite.

Hey mon doux, c’est fini … viens avec moi, tu auras moins chaud qu’ici

Prise de compassion et d’un instinct sauveur, je fis un geste vers le chat et celui ci avait déjà bondit sur moi pour quitter le buffet.
L’air était à nouveau clair et l’on distinguait beaucoup mieux les formes de l’appartement.
Sortant de la pièce en laissant mes collègues s’occuper du reste, je descendais les escaliers de secours en gardant le chat roux contre moi avant d’avancer vers la camion où le chef m’attendait.
D’un sourire digne, je lui tendis alors le chat qu’il observa avec un haussement de sourcils tandis que j’enlevais mon masque pour l’informer qu’il s’agissait visiblement du seul occupant rescapé de la maison.
J’appris quelques minutes plus tard que le couple de l’appartement avait délaissé le chat pour une urgence.
Qui plus est, ils n’avaient pas éteint les bougies qu’ils avaient probablement dû allumer pour un dîner.
Je ne pouvais pas blâmer leur erreur car en cas d’urgence et d’imprévus, les mauvais tours sont toujours au bout du virage.
Et joueur, le chat n’avait plus qu’à faire tomber la bougie pour que les meubles prennent doucement feu.
Miaulant dans mes bras alors que je lui procurais une caresse censée le rassurer, je ne pouvais que lui murmurer à ses oreilles qu’il avait eu bien de la chance.

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