Rencontre virtuelle au bureau

A 322 mètres de hauteur je suis, au 43ème étage je suis établis, premier bureau à droite. J’ai été muté à New York il y a 2 ans au service exportation dans une grande boîte de communication.
Mon siège est en cuir, mon écran d’ordinateur dernier cri, un chien en plastique qui oscille la tête quand on le tapote, une secrétaire dévouée et pourtant il me manque quelque chose.
Mon appartement est au cœur de Manhattan mais ses murs me paraissent chaque jour plus gris et je ne me fais toujours pas aux mœurs Américaines. Ma seule compagnie, une fois mes collègues carriéristes quittés, est ma chienne Dora. Mes week-ends sont bières et films, jogging et ennui.
C’est alors que j’ai décidé à tout hasard de m’inscrire dans l’ère du temps en créant une fiche profil sur un site de rencontre américain. Le site n’est pas réconfortant, des milliers de photos se suivent comme dans un supermarché… Refusant de m’arrêter au physique, je remplis mon annonce avec ceci : «  Martin, 31 ans mais crois en paraître plus, peut-être un peu macho mais semble être grand enfant inoffensif. Profession : délègue son travail. »

Entre deux RDV, je surfe sur la vague de ma nouvelle lubie, lisant autant d’annonces que mon cerveau pouvait en assimiler. Et ce fut au beau milieu d’une conférence téléphonique très ennuyeuse que, les deux pieds sur le bureau et au bout d’une 100ène de lectures, je la trouvais… L’annonce. Celle qui retient votre attention, drôle et touchante, la femme se désignait comme « l’objet d’un perfide patron, livrée en pâture comme le pauvre animal blessé aux pieds d’une bande de hyènes » et « cherchant un prince pour la délivrer ». Il n’y avait aucune photo.
Mettant fin à mon appel en promettant de me pencher très sérieusement sur le problème, je me pressai de lui écrire. Elle me répondu instantanément car « en ligne ». Notre discussion dura jusqu’au moment où sa peur de voir son patron débarquer l’obligea à y mettre fin.
Aussi étrange que cela puisse paraître, je rentrai chez moi fou de joie, saluant ma secrétaire qui me rendit l’immense sourire que je lui envoyai.
Plusieurs semaines passèrent ainsi, je passai mon temps à attendre sa connexion, nous parlions de tout et de rien, évitant de parler de nos vies réelles qui étaient pour nous deux une vraie catastrophe, nous rions virtuellement et je devais constater que cette relation irréelle me rendait très heureux. Je travaillai encore moins qu’a l’accoutumée et une pile de dossier de plus en plus grande me narguait sur mon bureau mais ça m’était égal car il apparaissait que Sady, ma fidèle secrétaire, ne semblait pas avoir l’envie de me le rappeler comme elle en avait l’infâme habitude. Tout était parfait.
Il arriva un jour où la question d’une rencontre en chair et en os fut abordée mais la peur de voir ses moments d’espérances déchus me mettait mal à l’aise… Prenant mon courage à deux mains, je lui proposa de partager notre déjeuner de midi ensemble (il était apparut que nous travaillons dans le même périmètre). Elle me répondit que cela lui semblait impossible car elle devait rester au bureau pendant la pause déjeuner de son patron. Encore et toujours cet homme, j’éprouvai pour lui une certaine haine car il était bien souvent la cause de déconnexions inopinées et là encore il gâchait tout alors que j’étais enfin prêt ! Je lui demanda d’insister, elle me répondit que c’était peine perdue, je lui dit alors de s’en allait sans rien dire prétextant un « soyons fous » ! Ce qu’elle fit.
Je pris ma veste, le cœur battant j’éteignis ma cigarette, passa une main maladroite dans mes cheveux puis sortis en direction de l’ascenseur.
Très stressé, j’éprouvai le besoin de parler (ce qui, en temps normal, ne m’arrive jamais).
- Tiens Miss Sady, que faites-vous ici ? Il me semblait pourtant avoir était clair quant aux pauses déjeuner ? Vous devez être là quand je ne le suis pas !
- Oui patron mais je descendait seulement à l’étage inférieur chercher un café !
Mais j’étais bien trop excité pour lui en tenir rigueur. Elle sortit en effet à l’effet du dessous et le reste du chemin jusqu’au rez-de-chaussée me parut une éternité.
Etage 0. Je me mis à courir, poussé par un élan venu de je ne sais où et j’arriva enfin au point de rencontre.
Elle était en retard. Déjà 15 minutes que j’attendais… Des tonnes de versions de films tragiques s’entrechoquaient dans ma tête. Au bout d’une heure, désespéré et en colère, je dus me résoudre à rebrousser chemin.
Sur le retour je trouva Sady assise bêtement sur un banc et j’en profita pour lâcher mes nerfs sur elle car c’est ainsi que je suis fait.
- Qu’est ce que vous faite là ? Elle est loin la machine à café dites-moi !! Vous allez rentrer immédiatement et nous aurons une petite discussion sur vos petites escapades au frais de l’entreprise !
Elle leva lentement les yeux vers moi puis un sourire aux lèvres me répondit « Soyons fous »… Tout est alors aller très vite dans ma tête et son baiser m’aida à passer instantanément d’ « hors ligne » à « en ligne »… Nous ne sommes plus jamais retourner au bureau et tenons à présent une petite boulangerie dans l’Est de la France.
La connexion entre nous n’a plus jamais était interrompue et je souhaite enterrer à jamais le perfide patron que j’ai été en lui demandant très bientôt d’être Madame Martin….

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