Pour devenir médecin !

J’ai peur pour mon évaluation de fin de stage, je n’ai fait que des tâches d’aide-soignant alors que j’aurais dû suivre les infirmières.
Joëlle approche, encore cette fichue boule qui se forme dans mon estomac. Que va-t-elle trouver à critiquer cette fois ?
Sur le coup je me sens un peu bête ; voilà qu’elle m’autorise enfin à suivre Clémentine, l’infirmière, pour la visite matinale et à prendre les pouls et tensions d’une dizaine de patients. Elle dit qu’elle sait que je me suis attaché à Mr Pichon donc me conseille d’aller le voir pour ma première prise de tension, même si Clémentine n’est pas encore arrivée.
Chambre 115, Mr Pichon est épuisé et se repose. Son cancer est en phase de généralisation, ce qui affecte son état de plus en plus.
« Ok relax Guillaume, tu peux le faire. Mr Pichon t’a à la bonne, il ne dira rien même si tu galères un peu avec le tensiomètre, c’est un des seuls à croire que tu feras un bon médecin »
Pourtant quelque chose cloche, je crois que j’utilise mal le tensiomètre, je ne me souviens plus d’à quel moment je dois arrêter de pomper.

Après plusieurs essais infructueux, je jette un coup d’œil dans le couloir : Joëlle n’est pas dans les parages, tant mieux. Clémentine est arrivée et remplit un dossier. Je fonce :
- Clémentine, bonjour, Joëlle m’a autorisé à prendre les tensions des patients ce matin au cours de la visite. Elle m’a conseillé de commencer par Mr Pichon en t’attendant, seulement j’ai du mal à utiliser le tensiomètre, je ne trouve que des valeurs aberrantes. Tu pourrais me montrer à nouveau, sans en parler à Joëlle s’il te plaît ?
Je la vois froncer les sourcils et soupirer. Je pensais qu’elle était une des rares à être sympa avec moi, je sens qu’elle va se payer ma tête, comme les autres.
Joëlle surgit de son bureau et me lance :
- Alors Mr le médecin, un problème de tensiomètre ? Ce n’est pas très pro tout ça !
- Et bien en fait je crois que je ne me souviens p…
- Bah c’est normal bizu, il est mort cette nuit ton patient ! lâche-t-elle dans un éclat de rire, rejointe par quelques aides-soignantes.
Leurs rires résonnent dans ma tête, ça tourne autour de moi et semble irréel. La boule de mon estomac vient d’imploser, j’en ai le souffle coupé, je les hais ! J’ai envie de les insulter, de les dénoncer, elles n’ont pas le droit de me traiter comme ça ! Mais rien ne sort, ma bouche est bien trop sèche et j’ai trop peur de révéler ce début de sanglot que j’essaye d’étrangler. Je ne suis qu’un P2.
Est-ce le comportement qu’on attendra de moi d’ici la fin de mes études ?

 

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