Mes élèves ont changé mon apparence

Il y a quelque mois, un étrange phénomène est venu perturber ma carrière débutante de professeur de philosophie.
En effet, alors que j’étais considéré par mes collègues et par les élèves comme un jeune prof qui se fait respecter sans pour autant passionner les foules, j’ai réalisé que les terminales de la section littéraire rentraient en cours le sourire aux lèvres, en me lançant des « Bonjour Monsieur! » sur un ton joyeux qui avait quelque chose de suspect.
Quelques jours après, je me suis rendu compte que la plupart de mes collègues se mettaient à sourire dès qu’ils me croisaient dans la salle des profs ou au détour d’un couloir.
Intrigué, j’ai fini par cuisiner mes collègues un à un, jusqu’à ce qu’un professeur d’italien compatissant finisse par me révéler, entre deux gloussements, que les élèves trouvaient que je ressemblais à Samantha.
Devant mon air interloqué, il a ajouté qu’il s’agissait du personnage principal d’une série très prisée par les jeunes, diffusée sur France2.
Ces révélations mystérieuses me laissaient dans le flou le plus complet: entre mes lectures de Descartes, Hobbes, Platon ou Nietzsche, seule une radio avait réussi à se faire une place dans mon appartement de célibataire endurci. Et encore, juste pour écouter Mozart.

Il y a bien une télévision qui traînait dans un coin, mais je ne l’avais pas allumée depuis des mois.
C’est donc avec une certaine appréhension que j’ai branché la petite machine, à l’heure et sur la chaîne indiquées par le collègue d’italien.
J’ai alors constaté que la fameuse Samantha n’était autre qu’un fringant jeune homme déguisé en blonde au QI assez élevé pour impressionner un poisson rouge, et doté d’une abondante pilosité. En l’entendant s’exclamer: « Oups, j’ai oublié de fermer la porte à clé! », je me suis juré de m’exclamer « zut, j’ai oublié de… » au lieu de « oups », d’arrêter de porter des pulls roses et d’aller chez le coiffeur dès le lendemain.

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