Les condoléances de tout un lycée

Vous êtes vous déjà demandé si nos défauts de jeunesse nous suivent toute notre vie, s’ils vieillissent avec nous ? Ou bien si ces mauvaises habitudes agissent comme un grand cru qui se bonifie avec l’âge, et s’effacent peu à peu, se rangeant sagement dans le coin ‘erreurs de jeunesse’ ?

En ce qui me concerne, bien que natif de Bordeaux, je ne dois pas avoir l’étoffe d’un grand cru. En effet, même lorsque j’étais étudiant, mon réveil et moi avons toujours eu des relations quelque peu…tendues. En clair, moi et la ponctualité matinale, ça n’a jamais fait un. Quand j’étais élève, je trouvais donc toute sorte d’excuses afin de justifier mes retards répétitifs. Aujourd’hui, je suis professeur dans le même lycée qui a vu défilé mes billets d’absence.

La semaine dernière, la direction m’a prévenu que plus aucun retard de ma part ne sera toléré car des parents d’élèves se sont plains du quart d’heure gaspillé de leur progéniture à m’attendre à 8h devant la salle. J’ai quand même tenu trois jours.

Le quatrième matin, malgré toute ma bonne volonté, mon corps refuse de quitter la chaleur de mon lit. Une demi-heure de retard. En voiture vers le lycée, je cherche toute sorte d’anecdote pour m’en sortir, le problème étant que mon imagination commence à tarir au bout de 25 ans.
Le principal m’assure que j’ai intérêt à avoir une bonne excuse, faute de quoi, il se verra obligé de se passer des mes services. Paniqué, je sors la première chose qui me passe par la tête : ma grand-mère est morte ce matin. Pathétique. J’en ai honte moi même. Mais j’ai découvert que la différence entre un étudiant et un adulte, c’est que l’on suppose que l’adulte dit la vérité. Le directeur me croit, me présente ses condoléances et m’envoie en classe.

Je pensais que cette histoire finirait là. Mais le lendemain (cinq minutes de retard seulement), accueillit par les sourires timides et compatissants de mes collègues et même de mes élèves, j’appris que la nouvelle avait fait le tour du lycée. Mes confrères ont tous signés une carte de condoléance que j’ai retrouvé dans mon casier.
Ce matin, je me suis embrouillé en parlant et un élève a déclaré « Ce n’est pas grave monsieur, vous pouvez être ému, on est tous avec vous. ».
J’ai comme l’impression que la semaine va être très longue.

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