Le chat de la réconciliation

C’est fou ce qu’on peut ramasser dans les poubelles de Paris ! Depuis 5 ans, je suis employé sanitaire de cette ville, autremnt dit, je suis éboueur.
Je sais que ça peut être difficile à comprendre mais je n’exerce pas ce métier par dépit. Voir le soleil se lever sur la capitale encore endormie est la plus belle des récompenses.
Le plus difficile dans ma profession, c’est les rapports avec les gens. Souvent, ils nous accordent autant d’attention qu’à leur tas d’ordures. Je travaille donc généralement dans l’indifférence la plus totale, quand je ne suscite pas le mépris ! Certains pensent que j’ai autant de valeur que les ordures que je ramasse.
Cela me rappelle le comportement d’une vieille dame. Un jour, alors que je faisais ma tournée sur le coup de six heures du matin, elle est venue me trouver sur le pas de son immeuble, l’air inquiet. Comme je voyais qu’elle hésitait à me parler, je l’encourageais. Elle m’a expliqué que son chat avait disparu depuis plus de deux jours et qu’elle avait peur qu’il ne lui soit arrivé quelque chose. C’était la première fois qu’elle osait me parler. Je me suis dit qu’elle devait vraiment tenir à cet animal pour franchir le pas.


Afin de l’apaiser, je lui ai promis de faire tout mon possible pour le retrouver. Je n’ai pas eu à chercher bien loin. Alors qu’en contournant l’immeuble, je parvenais aux bennes à ordures que je vidais dans le camion-poubelle, l’une d’elles a émis un couinement. Intrigué, je stoppais la machine et jetais un oeil dans le container. J’y trouvais alors le chat,emmitouflé dans une couverture, rassasié. Eh oui, quel bon endroit pour s’empiffrer à satiété tout en restant au chaud ! D’ailleurs, quand je le pris dans mes bras pour le ramener à sa maîtresse, il s’est débattu comme un beau diable !
Lorsque je revins auprès de la vieille dame, mon trophée à bout de bras, elle m’a presque considéré comme son Sauveur, celui qui avait redonné un sens à sa vie en lui ramenant ce qu’elle avait de plus cher. Emue, elle ne pouvait que sécher ses larmes en me remerciant mille fois.
A partir de ce jour, nos rapports ont radicalement changé. Elle ne me considérait plus seulement comme l’employé chargé du ramassage de ses ordures, j’étais également devenu un ami, une compagnie, un confident. Dès lors, elle n’a manqué aucun de mes passages, guettant par la fenêtre de son appartement mon uniforme voyant, et a toujours eu une petite attention pour moi, un café pour me réchauffer, une part de gâteau pour ne pas mourir de faim, comme elle disait ! C’était le début d’une franche amitié. Et même plus que ça. Grâce à elle, je suis maintenant connu dans tout l’immeuble, chacun m’appelle par mon prénom et a toujours un mot aimable à mon égard. La belle indifférnce générale s’est peu-à-peu transformée en une popularité sans borne. Certains diront que c’est le destin. Qui croirait que tout cela m’est arrivé grâce à un chat ?

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