La mer n’arrête pas le feu

Quinze ans de métier,quinze ans de routine,mais une routine bien diffèrente de celle de Paris: ici le gris du bitume se répercute au creux des vagues les jours d’orages,ces jours où il y a parfois tant à faire…

Je suis pompier,un métier devenu une passion,mais si ce ne fut pas une vocation.Mon rêve? La mer, depuis toujours.

Issu d’une modeste famille des Ardennes,j’ai quitté ces terres pour l’ivresse de la houle il y à maintenant dix-huit ans. Après trois ans passé à écumer les bars de Toulon en qualité de barman,de serveur, et de maintes autres choses, la chance m’a souri: je me suis inscrit dans le corps des pompiers. Une formation hardue, des heures d’exercices et je passai pompiers professionel, spécialisé dans l’intervention en mer.

Un bateau qui s’enflamme, j’accours: je suis l’extincteur de notre république.

Aujourd’hui, le temps a passé, je vis des jours quasiement paisibles, autant qu’ils peuvent l’être dans ce métier. Et des souvenirs me viennent…

15 juin 1988: deux ans de métier seulement, je débute et pourtant j’ai vu mon lot de drames. Une certaine habitude, un certain recul s’installe par rapport à la rare tension liée à cette profession.

Ce matin, un bateau pétrolier s’est enflammé non loin du port, je suis dépêché sur place. Spectacle habituel, des flammes, un équipage dépassé, beaucoup de travail en somme. Nous nous installons sur le pont, commençons à travailler l’incendie au corps, l’habituelle et harassante lutte de l’homme contre la flamme commence. Nous ne reculons pas, le feu non plus, le combat commence à durer de manière inhabituel.

L’équipage est sauf croyons-nous, ormis un homme pris dans les flammes, et nous savons que nous ne pouvons plus rien pour lui.

Soudain, une explosion, mon ami Antoine tombe à la mer, emporté par le souffle. Une brûlure intense me parcourt le visage, je n’y prends pas garde, une deuxième explosion et mes collègues s’effondrent. Le feu gagne du terrain, je souffre, la partie semble désespéré. Et je ne comprends pas pourquoi les choses dégénérent. Le modeste canot sur lequel nous sommes venus avec mes collègues prend feu aussi, je n’ai plus de moyen de rentrer, et ne comprend pas.

Pourquoi cette avalanche d’explosion? L’équipage, tiré du canot en feu par mes quelques collègues valides, nous prête main forte, mais le feu ne s’arrête pas. Antoine, le pompier tombé à l’eau est soumis à un sort dont j’ignore tout. Je lache un instant la lance, mes mains me brulent, le feu est sur nous désormais. Je recule, trébuche, du noir…

Mes collègues me racontèrent par la suite que des renforts survinrent à temps et nous tirèrent d’affaire, malgré de lourdes pertes. Antoine d’abord, dont je ne sus jamais ce qu’il devint, et 5 des 15 pompiers m’accompagnant avaient disparu dans l’opération. Quant à l’équipage du pétrolier, on ne put sauver que deux marins et le capitaine, le reste succombant dans les flammes. Je ne comprends toujours pas comment cette série de catastrophes a pu survenir. Ce sont les risques du métier, le sel bien amère d’une vie que nous avons choisi risquée et au service des autres.

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