La femme endolorie compatissante

Fraîchement diplomée de l’IFSI, l’école de formation des infirmières, je me réjouissais à l’idée de commencer aujourd’hui mon stage pratique à l’hôpital nord.
D’autant plus que j’entrais dans le vif du sujet dès ma première heure de présence. Lors de ma première affectation, je devais suivre et seconder le médecin de garde en gynécologie-obstétrique.
Etre affectée au service maternité et soins néonataux dès mon premier jour était inespéré.
Je n’avais même pas osé en rêver ! Pour moi, voir le miracle de la vie se réaliser est le moment le plus émouvant qui soit !
Mais pas le temps de rêvasser ni de s’émouvoir, une jeune femme entrait déjà, sur une civière, par le portillon des urgences.
Son mari, pâle et quelque peu désemparé, la suivait en courant.
Alors que le médecin conduisait la patiente en salle de travail, le jeune homme l’observait à bonne distance.
A sa vue, l’infirmière en chef a fait la moue et marmonné : « Encore un qui sera incapable de se tenir ! »
Je n’ai tout d’abord pas compris.

Une naissance est le plus beau jour d’une vie et il me paraissait normal que le futur papa ne veuille manquer cela pour rien au monde. Attendrie par le regard affolé du jeune homme, je laissais les médecins s’occuper de la future maman et je l’emmenais à l’écart pour l’aider à se calmer.
Les larmes aux yeux, il m’a avoué :  » Vous savez, c’est mon premier, alors… »
Je le comprenais et je l’ai donc enjoint à reprendre son souffle avant de l’accompagner dans la salle de travail afin qu’il puisse aider sa femme à traverser la difficile épreuve de l’accouchement.
Dans un premier temps, tout s’est passé normalement, le jeune homme, prévenant, soutenait sa femme tout en l’exhortant à pousser aux moments opportuns. Je m’apprêtais à dire à l’infirmière en chef qu’il n’y avait que des avantages à laisser les couples affronter ensemble ce moment de douleur, lorsque la tête du bébé est apparue.
Et là tout a changé. J’ai vu avec étonnement le mari chanceler.
Je me suis approchée à la hâte, juste à temps pour le recevoir dans mes bras. Monsieur tournait de l’oeil !
Pendant que je m’empressais auprès de lui, lui tapotant les joues, je ne pouvais contenir mon indignation ! C’est vrai, à cause de ce benêt qui n’était « pas capable de se tenir », je n’ai pas pu assister au miracle de la vie, occupée que j’étais à réanimer Monsieur !
Ah ! Je crois que je n’oublierais jamais ce premier test pratique ! Et vous voulez le clou de cette histoire ?
Eh bien, la jeune femme, bien qu’épuisée par plus de dix heures de douleur, a encore trouvé la force de s’inquiéter pour son mari ! Mari auquel, d’ailleurs, je n’ai pu que conseiller de se tenir à l’écart de la salle de travail lors d’accouchements ultérieurs !

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