La « deuxième » femme du chef

Vendredi soir, mon chef m’a dit qu’il partait en voyage d’affaire il a donc quitté le bureau plus tôt que d’habitude.
Je suis hôtesse d’accueil dans une grosse boite et ce jour là je terminais à 20H. J’habite dans un quartier populaire un peu excentré de Paris,en plein hiver à cette heure il fait nuit depuis longtemps et les éclairages publiques sont faibles ce qui ne rassure pas vraiment les passants;tapies dans l’ombre des silhouettes jonchent les immeubles.
En sortant de la bouche du métro, emmitouflée dans mon manteau j’avance d’un pas rapide. Ma rue est un boyau urbain. De ces ruelles coupe gorge qui relient deux grandes avenues, les pavés suintants les murs décorés d’affiches en tous genres et de toutes les époques,seul un bar PMU égaie la rue avec des musiques aux rimes douces et chaudes comme une fenêtre ouvrant sur un lointain paysage idyllique.
Le crachin vient semer un peu d’humidité, quelques rigoles d’eau se forment et colmatent les irrégularités de ces trottoirs impossibles à emprunter en talons.

Brusquement les bruits de la ville sont détrônés par un rire de femme gai et sonore, à son oreille un homme chuchote quelques mots,seul le timbre de sa voix parvient jusqu’à moi,intriguée je me retourne pour voir ce couple peu conforme au quartier.
Une grande femme aux cheveux roux parée d’une fourrure et de hauts talons rit à gorge déployée la tête légèrement penchée sur l’épaule de l’homme qui lu pose la main sur le cou. Cet homme était mon chef cette femme n’était pas la sienne.
Bref échange de regards fugaces, en une demie seconde le rire s’arrête mon chef stoppe net une gêne en plomb vient combler l’espace entre nous,sans rien dire pour ne pas alourdir la scène je me retourne et accélère le pas pour gagner ma porte.
Lundi matin au bureau l’air visiblement gêné mon chef ne m’a évitée, quant à moi, je me suis retenue de lui demander si son voyage d’affaire c’était bien conclu.

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