La bouteille du courage…

Comme chaque matin, le réveil sonna, affichant 5h30.
A peine avais-je levé les couvertures, que mon corps fut envahi de spasmes, comme transpercé par une multitude d’épées aiguisées. Il faisait froid, trop froid. L’hiver était arrivé en ville, et à une heure si matinale, la température devait avoisiner les 1 degré. Dans ces cas là, plus vite on s’habillait, plus vite on pouvait exalter le moment du café bien chaud.
Le but était de se motiver assez pour rejoindre les compagnons de route à 6h45 précises, au départ des camions. Tout le monde fut à l’heure et nous avons donc pu commencer vite notre embardée. Chacun faisait des blagues ridicules pour essayer d’oublier le froid environnant. Nos mains gelées nous donnaient l’impression de se briser totalement au fur et à mesure que nous empoignions les poubelles pour les vider. Malgré nos grosses chaussures, je ne sentais plus mes pieds, et mon corps tremblait de façon incontrôlée.
Le café habituel chez madame Lapierre, une femme âgée, drôle et adorable ne fut jamais aussi réconfortant que ce jour là. Il nous donna du courage pour continuer et affronter le regard de certaines personnes bien trop hautaines pour estimer nos services.
Noel approchait, les guirlandes et lumières qui pendouillaient ça et là, accompagnées de quelques sapins, parfois artificiels rendaient l’atmosphère plus magique, comme si nous redécouvrions la ville sous un angle différent. Nous aurions pu nous penser dans un rêve tellement tout était calme, si nos pantalons devenus totalement rigides à cause du givre ne craquaient pas à chacun de nos pas.
A la dernière maison, on se fit tous une accolade, comme pour s’encourager une dernière fois avant de se dire qu’il était 13 heures, que nous avions faim et que bientôt nous pourrions chacun rentrer dans nos appartements bien chauds. Alors que nous tirions la dernière poubelle, notre attention se porta sur une bouteille cachée derrière. C’était une bouteille de rosé, entourée d’un petit nœud rouge avec un simple mot : « merci et n’attrapez pas froid. Monsieur André ».

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