L’arrêt des sacs

Juillet 2005. Un tournant historique est sur le point d’être franchi.
C’est en effet la fin de la distribution de masse des sacs plastiques par les hôtesses de caisse d’un géant de la grande distribution Européen.
La moitié de la ligne de caisse est maintenant composée de caisses vertes. Caisses où j’ai reçu l’ordre de ne pas délivrer de sacs à part pour protéger les articles textiles. Les clients stockent leurs achats dans de gros bacs en plastiques dans leur caddie, puis les déposent sur mon tapis et les replacent dans ces mêmes bacs après l’enregistrement. Ces bacs permettent de charger facilement leurs achats dans le coffre de leur voiture.
Un couple arrive, visiblement un peu en froid avec un caddie très chargé.
Comme à l’accoutumée je leur rappelle que ma caisse est verte donc que je ne peux délivrer de sacs plastiques. La dame s’en étonne, elle souhaitait tout de même emballer ses articles dans des sacs avant de les mettre dans ses bacs en plastique.
Finalement, avec beaucoup de peine, elle soulève et dépose les bacs pleins sur mon tapis. Je l’interromps aussitôt :

- Excusez-moi Madame, je vous arrête mais ne vous embêtez pas à soulever les casettes, c’est lourd et comme ma caisse n’est pas encore adaptée à les recevoir, leur poids stoppe le tapis. Pouvez-vous simplement disposer les articles sur le tapis s’il vous plait ?
- Quoi ? demande-t-elle, énervée, à son mari.
- Elle a raison ma puce, tu vois bien que ça bloque son tapis et qu’elle ne peut pas atteindre les casettes.
- Non mais tu ne vas tout de même pas prendre sa défense ?
- Je ne la défends pas, je t’explique enfin ! Ecoute, laisse, je vais faire, calme-toi.
- Je rêve, tu vas lui faire ses caprices pour ses beaux yeux ? Elle te plaît c’est ça ? bouillonne Madame.
- C’est ridicule chérie, allons.
- Ne m’appelle pas « chérie », si c’est ça je te laisse avec ta belle ranger les courses. C’est bien ce que tu voulais non ?
La dame part, laissant son mari en plan.
Encore surprise de ce qui vient de se passer sous mes yeux, je ne sais comment enchaîner avec le Monsieur. Je scanne les articles en évitant son regard. Lui se confond en excuses pour sa femme qui revient d’un pas furieux lui demander les clés de la voiture, et me jeter un regard noir. Je l’entends marmonner un « ça joue les mignonnes et il tombe dans le panneau ! » avant de s’éloigner vers la sortie.
Je pense que mon entreprise n’avait pas envisagé tous les impacts que l’arrêt de distribution de sacs pourrait avoir sur leurs clients.

 

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