L’appel de la directrice

Il est 16h30 quand je regarde ma montre : je suis légèrement en retard. La sonnerie marquant la fin de la journée pour l’école primaire où je travaille a déjà dû retentir, j’accélère donc le pas. Il n’était pas prévu que je travaille aujourd’hui, mais la directrice m’avait appelé dans l’après-midi car elle voulait que je remplace une collègue qui était malade. « D’habitude, tu fais l’étude des grands, mais cette fois tu t’occuperas de la garderie » m’avait-elle dit avant d’ajouter : « Je ne peux pas faire autrement, Lucie est malade et j’ai personne d’autre pour la remplacer. » J’avais répondu dans l’affirmative, même si je craignais déjà d’avoir à faire la garderie, car si les plus grands (CM1-CM2) ne me font pas peur, j’ai toujours eu plus de mal avec les petits, en l’occurrence cette fois des CP-CE1.
Finalement, j’arrive avec cinq minutes de retard, mais la directrice n’y prête même pas attention. J’entre dans la cour et je commence à surveiller les enfants. La directrice me rejoint. Elle a l’air de ne plus savoir où donner de la tête.

« C’est horrible, ils sont vraiment agités aujourd’hui. En plus, j’ai une réunion avec les parents d’élèves tout à l’heure à 17h ».

Ces deux nouvelles provoquaient la formation d’une boule dans mon estomac : les enfants allaient être insupportables et je ne disposerai pas de la sanction suprême, à savoir « Va dans le bureau de la directrice ! ». Aïe!!! J’essaye de ne pas trop y penser. La récréation se déroule sans heurts et la sonnerie indiquant le retour à l’étude retentit. J’appelle les enfants de la garderie et c’est l’occasion pour moi de constater qu’en plus d’être agités, ils sont nombreux!!! Je ne la sentais pas cette histoire!!! Enfin bon, je les fais monter en classe tandis qu’un collègue s’occupe de l’étude des grands. Me voyant monter les escaliers avec ma horde de petits diables, il me lance un sourire compatissant. Je hausse les épaules en retour.
Arrivé dans la classe, je leur demande de s’installer sans trop de bruits. Raté!!! Et manque de pot, je me rends en même temps compte que la salle de réunion de la directrice se trouve juste à côté. Décidément!!! Une fois que les enfants sont assis, je lance un regard sévère en leur demandant de sortir leurs cahiers pour faire leur devoir. Étonnamment, tous s’exécutent et je me dis que j’ai peut-être eu tort d’appréhender ce moment. La suite me prouvera que non!!! Au bout d’à peine cinq minutes, le brouhaha recommence. Je ne suis pas partisan de la gueulante, alors j’hausse simplement la voix en réclamant le silence. D’habitude ça marche avec les grands!!! Et ben cette fois non. Je ne sais pas si c’est parce qu’ils ne m’ont jamais vu, mais rien n’y fait et je suis contraint de crier. Le calme revient, mais pour quelques instants seulement. Deux minutes plus tard, le capharnaüm recommence. Je répète l’opération quatre fois de suite, avec une constatation terrible : le temps entre deux gueulantes se réduit petit à petit. Au bout de la cinquième fois (moment où j’ai abandonné l’espoir de leur faire faire leur devoir), la directrice entre en scène et déboule dans la salle. « Non mais ho !! On vous entend d’à côté !! Un peu de silence !! Et vous obéissez à Charles !! ». Je me dis : « Super, ça va les calmer ! » Quelle naïveté!!! Cinq minutes après le départ de la directrice, re-brouhaha. Ne disposant pas de la sanction suprême, je décide de jouer le psychologue dans l’autre sens : « Si vous êtes sage, je vous dessine des Dragon Ball ». Il faut dire qu’à cet âge-là, ils sont tous fans de Dragon Ball Z et comme j’ai développé un certain talent dans le dessin, autant en profiter. Pour le coup, ça marche. Ils se taisent et attendent. Je commence donc mon premier dessin. Je le montre et ils n’en reviennent pas : « Ouah, tu dessines trop bien !! Fais Sangoku !! Non !! Fais Broly !! Non, fais Végéta ». Alors je me remets à dessiner en leur demandant de rester calme. L’erreur!!! Au moment même où je pose mon crayon sur la feuille, la moitié de la classe se rue comme un seul homme devant mon bureau en hurlant des ordres : « Fais-moi un Piccolo !! Dessine-moi un Trunks !! » Je me mets à mon tour à crier en disant qu’il n’est pas question que je dessine dans ce brouhaha, mais ils n’y prêtent aucune attention et se mettent même à se battre entre eux pour désigner celui qui aura le droit d’emporter mon dessin. J’essaye de les calmer, mais j’ai déclenché quelque chose qui est plus fort que moi!!! Impossible de faire quoi que ce soit. Résigné, je me repenche sur ma feuille de dessin, laissant le foutoir général suivre son cours aléatoire.
Je ne relève la tête que lorsque la sonnerie retentit. Je leur demande d’un air désespéré de sortir en silence. Nouvel échec!!! Je sors de la salle. Visiblement la directrice n’a pas fini sa réunion. Je m’en vais donc. Lorsque je sors de l’école, j’entends par-ci par-là : « C’est lui !! Il dessine trop bien les Dragon Ball !! » et je comprends que non seulement j’ai lamentablement échoué à surveiller les petits, mais en plus je me suis grillé auprès d’eux : jamais je n’arriverai à reprendre le dessus à l’avenir. Je note dans un coin de ma tête : « Penser à refuser lorsque la directrice te demande de faire la garderie.. »

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