J’ai vengé ma fille

Je fais un métier que beaucoup de personne déteste. Je suis juge, et pour cela les gens me détestent.
Il est dur de leur faire comprendre qu’en dehors de mon métier, de ma fonction, je suis un homme comme un autre.
Il est vrai que pendant que j’occupe ma fonction, je joue un rôle.
Je suis Mr le juge.
Mais lorsque je rentre chez moi, je suis une autre personne. Je suis Mr Esmanin.
Ce dédoublement de personnalité est nécessaire pour moi, car durant un procès j’essaie au maximum de laisser mes opinions au placard.
Je n’y arrive jamais vraiment.
Personne, aucun juge n’y arrive. Ce n’est pas possible.
Mais une chose est sûre, durant un procès, à défaut d’avoir chassé totalement mes opinions personnelles, je ne suis plus vraiment Mr Esmanin.
Ce même monsieur que je suis à la ville, qui est marié et qui a deux filles.
Cependant, je me rappellerais toujours ce lundi matin.

J’ai été chargé de présider le tribunal, dans une affaire où comparaissait un adolescent de 19 ans, Michael XXXX. Ce jeune se trouve être l’ex de ma fille aînée. Je ne m’en suis pas toute de suite rendu compte, car leur rupture datait un peu. A l’annonce de son nom je n’ai pas réagi car je fais toujours le vide et traite chaque cas comme le cas de Monsieur X. Seulement, lorsque Michael XXXX a comparu à la barre, j’ai lu dans son regard, ce que j’avais lu dans son regard deux ans auparavant, quand il sortait avec ma fille. C’est à cet instant que je l’ai reconnu. Mais au lieu de suspendre la séance comme j’aurais dû le faire dans pareil cas, j’ai laissé faire et fait comme si de rien n’était. Je sais que lui aussi m’a reconnu. Il a peut être même pensé que j’allais faire en sorte d’atténuer son cas. Au contraire, j’avoue n’avoir pas été impartial. En effet, j’ai tout fait pour influencer le verdict des jurés, car je n’ai jamais digéré comment il a joué avec ma fille pendant deux ans, en la trompant et en rompant avec elle de façon brutale et vicieuse.

Ce jour ci, je n’ai pas rendu justice mais plutôt exercé ma vengeance personnelle au travers des jurés. Vengeance n’a jamais rimée avec justice ; et ce lundi là ce dicton était plus que véridique. Mais je ne suis qu’un homme, un père…….. Le lendemain, j’ai remis ma démission sans évoquer le motif réel.

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