Face au rideau rouge

La portière s’ouvre,  je sors de la jolie berline noire encadré de deux gardes du corps robustes et massifs.  Nous grimpons les marches situées à l’arrière du bâtiment. Des voix me parviennent, les éclats de rire et le ton des discussions traduisent une certaine excitation, une sorte d’impatience. J’imagine très bien la foule amassée à l’avant du grand bâtiment, des couples, des groupes d’amis, des familles venues se divertir le temps d’une soirée, et oublier les soucis du quotidien. La tension commence à monter, je sens ce petit nœud dans mon estomac, si habituel à présent. J’entre dans une petite salle à l’éclairage tamisé, l’un des murs est recouvert de miroirs,  tandis que celui situé en face accueille des étagères où toutes sortes d’accessoires sont disposées.  Je m’assied sur un fauteuil à roulettes face à l’un des miroirs, tandis qu’autour de moi les maquilleuses, coiffeuses et retoucheuses, s’agitent une brosse dans la main, un pinceau entre les lèvres Les mots s’entremêlent dans ma mémoire, pourtant je les ai répétés encore et encore.

Je tente vainement de reconstituer le texte à voix basse ; telle une prière, telle une lituanie. Mais rien n’y fait, je sais qu’il est inutile de répéter lorsque l’heure du grand rendez-vous est si proche. A présent je perçois des sons de l’autre côté de la pièce où je me trouve, la grande salle est entrain de se remplir peu à peu. Je reconnais le bruit des siéges que l’on ouvre, et le moindre froissement de vestes me parvient, mon ouïe est au qui-vive. Je sens que l’heure approche, les dernières retouches sont faites, on me presse vers le fond de la salle en face d’un petit escalier. Des techniciens placent un micro sous mon menton et m’encourage une dernière fois, je grimpe les marches. Face au rideau rouge, j’entends le ton des voix s’adoucir peu à peu jusqu’à ce qu’elle ne soit plus que des murmures. L’attente est palpable, je prend mon souffle puis d’un pas conquérant je repousse le pan du rideau et m’avance sur l’estrade. Des cris enthousiastes et des applaudissement éclatent alors dans toute la salle, me voilà en face de milliers de visages inconnus venus me voir. Je me sens bien, le trac me quitte, tout mon texte me revient en mémoire. Je suis chez moi, je suis sur scène.

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