En attendant la lettre

Un après-midi de juillet, il faisait une chaleur insupportable, j’étais au guichet du service colis de la poste.
J’avais passé ma journée à me déplacer pour aller chercher les lettres recommandées et les paquets, dont certains étaient très lourds !
En plus, comme il faisait chaud, et que la file d’attente était longue, ça ne rendait pas trop les gens agréables, enfin, au bout de dix personnes comme ça, on s’habitue.
Ce qui me fait très peur dans ces moments-là, c’est que des gens finissent par perdre patience et commencent à nous insulter en nous traitant d’incapables et de faignants, ou bien se battent carrément entre eux! (je travaille à Saint-Denis, et là-bas, c’est pas de tout repos !) Ca m’énerverait profondément.
Et justement ! Un gars qui attend depuis près de vingt minutes, il me semble, commence à s’impatienter, il ne devrait pas, il y avait trois personnes devant lui !
Enfin…, lui ça pourrait être le genre de personne qui s’énerve facilement.
J’avais fini avec une personne et j’attendais que la suivante avance. Mais, avant qu’elle n’avance jusqu’à mon guichet, un mec qui venait juste d’entrer se dirigea directement vers moi et devança la personne que je m’apprêtai à accueillir :

« Excusez-moi, c’est juste pour un renseignement, s’il vous plaît (au moins, il est poli dans sa façon de parler…) je voudrais savoir… », mais avant qu’il ne puisse continuer, le jeune homme qui attendait depuis près de vingt minutes, sortit de la file d’attente et prit l’autre, qui était devant moi, par le bras :
« ça va pas ou quoi ? tu fais la queue comme tout le monde, on attend depuis des heures nous ! ».
L’autre, loin de se laisser faire, répondit : « Pour qui tu te prends pour me parler comme ça, toi ? je suis pas ton… ». Et soudain, les deux se regardèrent et …
« Ouali !!!, mon frère, comment tu vas ??? wahou ! ça fait trop longtemps !!!, qu’est-ce qui se passe ??? – Momo !!! Trop plaisir de te voir ? ouais ça va tranquille et toi ???… ».
Je ne semblais plus exister, je n’étais que spectatrice, les deux parlaient devant moi, sans se soucier du fait que j’attendais leur bon plaisir ; ils passèrent tout en revue : « Ta femme, ça va ? les enfants ?
– ouais, ça va, on a déménagé, dans une maison
– tu sais, j’ai vu ta sœur, il n’y a pas longtemps, elle m’a dit que tu travaillais toujours à la mairie, je voulais passer, moi ça va, tranquille, on est fiancé avec Sarah
– cool, c’est super, je suis content pour toi et t’as eu des nouvelles de Djami ?
– la dernière fois que je l’ai vu, elle était … », et moi, personne ne s’en souciait ; « Excusez-moi, Messieurs, mais …
- au magasin de vêtement, elle cherchait un petit ensemble pour son neveu, tu sais, elle s’est mariée !
– non ! c’est vrai ? que de bonnes nouvelles, alors, ça fait plaisir !… ». Je décidai donc de prendre les devants : « Personne suivante, s’il vous plaît ! ».
Les deux s’arrêtèrent : « Qu’est-ce qui se passe ? on vous gêne ? (Non, à peine !)
Bon, c’est pas grave, Ouali, tu m’attends ? j’ai juste une lettre à retirer
– ok, pas de soucis… ».
Le jeune homme de la file d’attente me donna son recommandé et j’allai chercher sa lettre, il me signa l’accusé de réception, et rejoignit son ami, qui, je crois, avait oublié de me demander son renseignement.
Tous les deux partirent, côte-à-côte, en continuant à s’échanger des propos chaleureux. En partant, tous les gens de la file d’attente les regardèrent d’un air indifférent et je me dis que finalement je préférais ça plutôt qu’ils se battent !

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